2026 – Warning Signs
LES SIGNES D’UNE TRANSITION
Que reste-t-il quand le capitalisme disparaît ? Cette question reste en tête. Elle me fait sourire et espérer. Elle est développée par certain.e.s philosophes et historienn.es dans l’ouvrage Mondes Postcapitalistes* et au travers de sa lecture, c’est surtout une question qui m’a donné envie de remodeler mon art et d’y intégrer une dimension politique.
J’ai alors choisi de prendre la réflexion un peu en amont : Que voit-on quand le capitalisme est sur le point de s’effondrer mais qu’il reste encore debout ? Quand le système continue de tourner mais que ses coutures craquent de partout ? Ce moment-là — ce moment précis de bascule entre un monde qui finit et un nouveau qui n’a pas encore de nom — c’est exactement ce que je cherchais à capter dans mes peintures, comme si elles étaient le fruit d’une capture d’écran du processus, du moment précis ou les règles ne fonctionnent plus et ou le réel est en train de voler en éclat.
Oeuvres originales réalisées en 2026.
Texte de présentation de l’exposition ci-dessous.
SIGNS OF A TRANSITION
What remains when capitalism disappears? This question lingers in my mind. It makes me smile and gives me hope. It is explored by various philosophers and historians in the book Postcapitalist Worlds*, and reading it was what most inspired me to reshape my art and incorporate a political dimension into it.
So I decided to take the reflection a step further back: What do we see when capitalism is on the verge of collapsing but is still standing? When the system continues to run but its seams are cracking everywhere? That moment—that precise tipping point between a world that is ending and a new one that has yet to be named—is exactly what I was seeking to capture in my paintings, as if they were a screenshot of the process, of the precise moment when the rules no longer apply and reality is shattering.
Original artworks painted in 2026.
Text of the exhibition presentation below.
Le capitalisme n’est pas naturel. Il a commencé quelque part et va finir quelque part. C’est simple à énoncer mais vertigineux à intégrer. Parce que ce qui est vrai pour un système économique est aussi vrai pour tout ce qui en dépend — nos façons de voir, de penser, de percevoir le monde. Nos yeux sont capitalistes. Notre attention est capitaliste. La façon dont on regarde une image, dont on décide en une fraction de seconde si elle vaut qu’on s’arrête ou si on zappe — c’est du capitalisme cognitif à l’état pur.
C’est suite à ce constat que me sont apparues deux nouvelles questions, devenues alors fondatrices de ma réflexion : qu’est-ce qui nous pousse à regarder, et qu’est-ce qui nous pousse à détourner les yeux ? Ce sont des questions politiques autant qu’esthétiques. Dans un monde saturé d’images conçues pour capter l’attention et la monétiser, choisir de regarder — vraiment regarder, jusqu’à ce que la forme révèle quelque chose qu’on n’attendait pas — est devenue un acte de résistance.
Le capitalisme a besoin de surfaces lisses, de murs propres et d’espaces aseptisés où rien ne dépasse, rien ne déborde, rien ne résiste. La ville contemporaine est devenue une machine à effacement : les tags sont recouverts en une journée, les affiches sauvages arrachées, les zones sombres soigneusement neutralisées par les caméras de surveillances.
Le capitalisme a presque tout absorbé et optimisé en terme d’espace commun et public, sous prétexte qu’il appartient à tout le monde et donc à personne. Il a rendu ces espaces privatisés en quelque sorte.
J’avais besoin de représenter le mouvement de ces moments de bascule, et plus précisément la matière de la couleur en mouvement. Inutile de décomposer un prisme lumineux quand j’imagine que la couleur est peut-être composée de pixels invisibles à l’œil nu. Cependant j’aime réfléchir à ces failles où le système révèle ses limites. A l’instar des trous noirs comme bug de l’espace-temps, je cherche dans la peinture l’endroit où le système visuel flanche, où le cerveau hésite, où la perception bute sur quelque chose qu’elle ne sait pas classer. C’est donc en partant des mouvements que j’opère lorsque je peins sur un mur abandonné -ou surveillé, qu’une dynamique s’est dégagée et que la représentation de bugs visuels isolés d’une explosion chromatique plus large s’est imposée dans mon travail, sous la forme d’arrêts sur image ultra zoomés.
A mon sens, c’est pour pallier à cette intolérance que se rejoignent l’art et le politique : dans la nécessité d’une civilisation postcapitaliste, non pas au sens d’un programme, mais de façon à donner du sens au monde vivant. Une peinture sauvage n’est pas une solution à la crise écologique. Elle ne nourrit personne, ne réchauffe ou rafraîchit personne. Mais elle dit quelque chose que rien d’autre ne peut dire de cette façon-là : quelqu’un est passé ici, a pris le risque d’exister en dehors des clous et a laissé une trace que le système n’a pas commandée.
La Décadence est déjà visible, si on sait regarder là où le système ne nous demande pas de regarder.
* Mondes Postcapitalistes – éditions La Découverte – 2026
sous la direction de Jérôme Baschet et Laurent Jeanpierre
Capitalism isn’t natural. It began somewhere and will end somewhere. It’s simple to state but dizzying to grasp. Because what’s true for an economic system is also true for everything that depends on it—the ways we see, think, and perceive the world. Our eyes are capitalist. Our attention is capitalist. The way we look at an image—the way we decide in a fraction of a second whether it’s worth stopping to look at or whether to scroll past—is cognitive capitalism in its purest form.
It was in the wake of this realization that two new questions arose for me, questions that would become the foundation of my thinking: What compels us to look, and what compels us to look away? These are questions that are as much political as they are aesthetic. In a world saturated with images designed to capture attention and monetize it, choosing to look—to truly look, until the form reveals something unexpected—has become an act of resistance.
Capitalism needs smooth surfaces, clean walls, and sanitized spaces where nothing sticks out, nothing spills over, and nothing resists. The contemporary city has become an erasure machine: graffiti is painted over within a day, unauthorized posters are torn down, and dark areas are carefully neutralized by surveillance cameras.
Capitalism has absorbed and optimized nearly everything in terms of shared and public space, under the pretext that it belongs to everyone and therefore to no one. It has, in a sense, privatized these spaces.
I needed to depict the movement of these pivotal moments—and more specifically, the substance of color in motion. There’s no need to break down a prism of light when I imagine that color might be composed of pixels invisible to the naked eye. However, I like to reflect on these fissures where the system reveals its limitations. Much like black holes—bugs in spacetime—I seek in painting the point where the visual system falters, where the brain hesitates, where perception stumbles upon something it cannot classify. It was thus through the movements I make when painting on an abandoned—or monitored—wall that a dynamic emerged, and the depiction of isolated visual glitches within a broader chromatic explosion took hold in my work, in the form of ultra-zoomed freeze frames.
In my view, it is to counter this intolerance that art and politics converge: in the need for a post-capitalist civilization—not in the sense of a program, but as a way to give meaning to the living world. A wild painting is not a solution to the ecological crisis. It feeds no one; it neither warms nor cools anyone. But it says something that nothing else can say in this way: someone has passed through here, took the risk of existing outside the box, and left a mark that the system did not commission.
Decadence is already visible, if we know how to look where the system does not ask us to look.
* Postcapitalist Worlds – La Découverte Publishing – 2026
edited by Jérôme Baschet and Laurent Jeanpierre

















